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collusion au sein du milieu de travail : permettez-moi de vous raconter
une histoire vraie…
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|
Bulletin
d’information de l’ARHNB - juin 2009
La
collusion au sein du milieu de travail : permettez-moi de vous raconter
une histoire vraie…
par
Carla Gunn
Permettez-moi
de vous raconter une histoire vraie. Une femme se méfie que
son mari ne ressent plus rien pour elle. Rien du tout. Alors pour
tester son hypothèse, elle passe près de son mari
pendant qu’il lit le journal dans le salon. Elle a une corde
dans les mains. Elle lui dit qu’elle s’en va dans le
sous-sol pour se pendre. Il ne dit rien, alors elle se dirige vers
le sous-sol, lance la corde au-dessus d’une poutre et se met
à faire des bruits comme si elle s’étouffait.
Ensuite, elle s’assit, avec une montre, et se met à
chronométrer le temps de réponse à son mari.
Plus de 6 minutes. Éventuellement, le couple finit par se
trouver dans le bureau du psychothérapeute prééminent,
Susan Johnson (Johnson, 2003).
Pour
l’instant, je reviendrai à cette histoire plus tard.
Permettez-moi de vos raconter une autre histoire, elle aussi vraie.
Tout récemment, une femme faisait partie d’un comité
composé de six membres. Sur papier, du moins, chaque membre
avait la même portée de pouvoirs et, le comité
dans son entier, on le présumait, travaillait vers l’atteinte
d’objectifs partagés. Mais, un beau matin, le président
du comité informe la femme en question que quatre des cinq
membres s’étaient consultés et avaient décidé
qu’ils n’aimaient pas une de ses initiatives. Lorsqu’elle
a exprimé sa consternation, un des membres lui a répondu
: « nous en avons discuté et vous avez entendu nos
arguments. C’est notre position. Pour que nous changions notre
position, vous aurez à nous convaincre. »
La
femme était furieuse! Et je veux dire FURIEUSE! Comment osent-ils!
Pour qui ils se prennent?
Et
oui, et oui, je dois me confesser – la femme dans la deuxième
histoire, c’était moi (mais pas dans la première
histoire, j’y reviendrai sous peu). J’étais surprise
par l’intensité de mes émotions. Mais une fois
que je me suis calmée, je me suis mise à réfléchir
de façon détachée et analytique sur ma réaction
pour que je puisse prendre du recul. J’ai trouvé que
même si le comportement du membre exécutif ce jour-là
ne répondait pas particulièrement à la définition
typique de harcèlement au travail, il était toutefois
particulièrement sournois. En fait, il s’agissait d’un
exemple classique d’un comportement agressif relationnel –
plus précisément, celui de la collusion.
Voilà
un mot que vous ne voyez pas tous les jours au sein d’articles
sur le harcèlement au travail. De temps en temps, nous voyons
le terme apparenté, soit la persécution collective,
mais très peu d’attention est portée sur son
associé moins maléfique, la collusion. La collusion,
c’est quand deux individus ou plus discutent secrètement
ensemble comment aller de l’avant et se présenter à
une tierce partie. Au sein du milieu de travail, la collusion entre
membres d’une même équipe peut se montrer particulièrement
toxique.
Depuis
mon expérience, j’ai parlé avec beaucoup d’autres
individus qui ont vécu des expériences similaires.
Leurs histoires sont également parsemées de sentiments
d’indignation, de colère et de détresse. Alors
pourquoi cet événement, si doux si on le compare à
d’autres exemples connus de harcèlement au travail
comme les engueulades, les jurements et les menaces, est-il si perturbant?
Une partie de la réponse se trouve dans le fait que souvent,
on ne sait pas reconnaître le comportement. La collusion n’est
pas nécessairement définie au sein des politiques
en matière de harcèlement au travail donc on ne la
signale pas. Le comportement ne cesse donc de se répéter.
La deuxième raison pourquoi la collusion est si bouleversante
repose dans les motifs qui poussent les gens à agir. Comme
l’indique la recherche doctorale de ma collègue, Julie
Devlin, les gens révisent souvent la valeur qu’ils
accordent à l’individualisme (compétence et
pouvoir) et au collectivisme (se joindre aux autres). Ils partagent
différentes opinions sur comment les gens devraient agir
et comment les groupes et la société devraient être
organisés. Lorsqu’ils se jugent ou qu’ils jugent
les autres, il y en a qui se penchent vers l’individualisme,
d’autres vers le collectivisme. Et, il y en a d’autres
encore qui accordent la même prépondérance aux
deux.
Lorsque
nous définissions ces dimensions motivationnelles, nous identifions
quatre types de gens à penchants différents vis à
vis l’individualisme et le collectivisme. Julie et d’autres
chercheurs – comme l’anthropologue de renommée,
Mary Douglas – ont défini ces penchants comme des «
visions du monde ». Ils incluent (les dimensions varient «
d’élevées à basses » le Maître
(individualisme de niveau modéré
à élevé et collectivisme de niveau modéré
à bas), le Responsable
(individualisme de niveau modéré à élevé
et collectivisme de niveau modéré à élevé),
l’Accompagnateur
(individualisme de niveau modéré à bas et collectivité
de niveau modéré à élevé) et
le Stoïcien (individualisme
de niveau modéré à bas et collectivisme de
niveau modéré à bas).
Maintenant,
il n’y a aucune bonne ou mauvaise réponse quand il
s’agit de visions du monde. En fait, pour prendre de bonnes
décisions, les recherches indiquent qu’il est préférable
d’inclure des individus dont les visions du monde diffèrent
au sein d’équipes. Les résultats compilés
à partir du questionnaire sur les visions du monde développé
et authentifié par Julie au cours de ses études doctorales
peuvent être appliqués à la formation d’équipe,
à l’évaluation des candidats, au développement
des politiques ainsi qu’à l’identification et
le redressement des conflits au travail. Mais peu importe comment
vous interpréter la situation, il est clair que la collusion
au sein d’équipes empoisonne presque tout le monde.
Dans
mon cas, je me situe entre le Responsable et l’Accompagnateur.
Mon niveau de collectivisme est assez élevé et mon
niveau d’individualisme est modérément élevé.
Lorsque les membres de mon équipe m’ont surprise en
m’annonçant qu’ils s’étaient consultés
à mon égard sans que je le sache et qu’ils avaient
formulé leurs propres conclusions sans me consulter, ils
ont branlé mes convictions et secoué la valeur que
j’accorde au travail collectif sur un même pied d’égalité.
Ils m’ont poussé à la périphérie
de l’équipe, un lieu où n’importe quelle
personne de niveau de collectivisme élevé serait mal
à l’aise. Et, lorsqu’ils m’ont informé
« qu’ils » avaient pris une décision à
laquelle je devais sois me soumettre ou contester, ils se sont heurtés
à la fois à mes besoins d’individualisme et
de collectivisme. En gros, ils ont porté directement atteinte
à mes deux dimensions fondamentales – j’étais
donc plus que prête pour lever les armes.
Pourquoi
les praticiens en RH devraient-ils se préoccuper de la collusion?
Retournons à la femme qui a fait semblant de se pendre pour
tester le temps de réponse de son mari. Comme nous le savons
tous, la santé et la satisfaction de toutes relations personnelles
reposent sur le respect. En fait, le chercheur John Gottman a trouvé,
à l’aide de son collègue, qu’ils pouvaient
prédire à 90 % quels seraient les couples dont le
mariage ne durerait plus de six ans. Leur technique consistait à
vérifier les interactions des couples pour des expressions
de mépris – la manière la plus explicite de
communiquer un manque de respect.
Cependant,
les applications de cette recherche peuvent aller au-delà
des relations intimes. Elles peuvent également s’appliquer
au milieu de travail. En fait, les recherches psychologiques démontrent
que l’indicateur unique le plus apte à signaler le
degré d’engagement, de satisfaction et de moral des
employés au sein d’un grand nombre d’emplois
différents est l’attention portée sur les gens
comme individus (Amos et Weathington, 2008). La collusion
est la manière la plus sûre de discréditer les
deux motivateurs de base des individus : l’individualisme
et le collectivisme.
Lorsque
leurs motifs ou leurs valeurs de base sont mis en question, les
employés – comme la femme qui a menacé de se
pendre – adoptent parfois des comportements extrêmes
qui sont alors clairement identifiables au sein des politiques d’harcèlement
au travail. (Les employés peuvent également afficher
un taux d’absentéisme et de roulement du personnel
plus élevé ainsi qu’un nombre accru de congés
de maladie). Au sein de cette période économique particulièrement
difficile, les praticiens en RH ont besoin d’adopter plus
que jamais une approche proactive au redressement du moral et à
l’engagement des employés – et une partie de
celle-ci implique apprendre comment la collusion au travail transgresse
les motivations humaines fondamentales.
Et,
pour revenir à ma première histoire, que se passe-t-il
lorsqu’on choisit d’ignorer la situation? Et bien, vous
pouvez tout probablement deviner la fin de l’histoire. Il
n’existait aucune fondation sur laquelle le Dr. Johnson pouvait
s’appuyer pour sauver ce mariage. Aucune confiance ne restait
et le couple s’est divorcé. Son temps de réponse
était de six minutes – soit six minutes en trop.
À
propos de l’auteure : Carla Gunn, B.A., M.A. (Psychologie)
est la codirectrice du centre de formation et de recherche chez
Cogent Inc. – une entreprise qui se spécialise
dans les évaluations, la formation et les programmes multidisciplinaires
axés sur les preuves dans le domaine de la santé et
du mieux-être organisationnel.
Vous
pouvez diriger vos commentaires ou vos questions à info@cogentinc.ca
ou à www.cogentinc.ca
Recommandations:
Mettez
en œuvre une politique sur le harcèlement professionnel
qui inclut une description de la collusion ainsi
qu’un système de suivi des plaintes.
Apprenez
à tout le monde – surtout ceux et celles qui
travaillent en équipe -- que la collusion est un problème
sérieux. Expliquez comment elle sera adressée
au sein de votre organisation.
Prenez
toutes les plaintes au sérieux, et adressez les plaintes
rapidement et de manière confidentielle.
Formez
les gestionnaires et les superviseurs – montrez leur
comment traiter les plaintes portant sur la collusion et quelles
situations sont le plus aptes de développer des problèmes
de collusion. Donnez-leur le support et les compétences nécessaires
pour bien répondre rapidement à la situation, peu
importe s’il s’agit d’une plainte formelle ou
non.
Références
:
Amos,
E. & Weathington, B. (2008). An Analysis of the Relation Between
Employee–Organization Value Congruence and Employee Attitudes,
The Journal
of Psychology, 2008, 142(6), 615–631
Gottman,
J. (2000). Theoretical and Mathematical Modeling of Marriage.
In Emotion,
Development, and Self-Organization: Dynamic Systems Approaches to
Emotional Development, edited by Marc Lewis and Isabela
Granic, Cambridge University Press: Cambridge.
Johnson,
S. (2003). The Woman Who Hanged Herself to Test Her Husband’s
Response Time. In Mummies at the Dining Room Table: Eminent Therapists
Reveal Their Most Unusual Cases. J. Cottler & J. Carlson (eds.).
Jossey Bass: San Francisco.
Reina,
D. & Reina, M. (2006). Trust and Betrayal in the Workplace.
Berrett-Koehler: San Francisco.
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