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Bulletin
d’information de l’ARHNB - décembre 2007
Joueurs
autonomes au sein du monde des affaires canadien
Mark J Surrette
En 1975, le monde du baseball professionnel s’est vu transformé
par l’adoption du plus important changement de son histoire.
C’était l’arrivée des joueurs autonomes.
Dorénavant, après avoir joué pendant une seule
saison un joueur pourrait changer d’équipe. Selon ce
système, plus de puissance serait accordée aux joueurs
de baseball. En fait, ils deviendraient même plus puissants
que les équipes ou les propriétaires d’équipe.
Les joueurs talentueux en particulier se verraient accorder beaucoup
plus de puissance.
Aujourd’hui,
le monde des affaires canadien fait face à un dilemme intéressant.
Comment équilibrer un marché en pleine expansion avec
une population de personnes actives en décroissance? À
la fin des années 90, McKinsey a très bien qualifié
la situation. C’est la guerre pour les personnes talentueuses.
Toutefois, la question est beaucoup plus complexe que ça.
Un peu comme ce qui s’est passé au sein de l’industrie
du baseball. Laissez-moi vous expliquer.
Pensez
pour quelques instants à la vie active de nos parents et
de nos grands-parents. Pour ceux et celles qui ont travaillé
au sein des secteurs public ou privé, le va-et-vient journalier
avant 1980 était assez prévisible. Après les
études, vous vous joigniez à une entreprise. Pour
l’ensemble de votre vie active, vous travailliez pour une,
peut être deux organisations. Ces organisations déterminaient
le niveau de votre rémunération, le nombre de jours
de vacances qui vous étaient accordés, vos primes,
votre pension, le nombre d’heures que vous aviez à
travailler, où vous deviez travailler et presque toutes les
autres choses que vous fassiez pendant votre vie active qui s’échelonnait
de votre vingtaine jusqu’à l’âge de 65
ans. En retour, on vous demandait d’être à l’heure,
de bien travailler et de montrer votre appréciation pour
toutes les bonnes choses que votre organisation vous fournissait.
Si
vous étiez transféré ailleurs, vous deviez
l’accepter et en être reconnaissant. Tout changement
unilatéral au système de primes ou au système
de rémunération devait être accepté sans
commentaires. Toute possibilité de formation devait être
grandement appréciée. Tout simplement, vous apparteniez
à l’organisation et vous vous attendiez à ce
qu’elle s’occupe de vous. Un peu comme faire partie
d’une équipe de baseball dans les bons vieux temps.
À
65 ans, vous preniez votre retraite. Vous obteniez votre pension
et commenciez à profiter des années dorées
suivant votre emploi.
Ça
commence à rassembler à un conte de fées, n’est-ce
pas?
C’est
alors qu’est frappée la récession du début
des années 80. C’était le début des exercices
de compression du personnel, des restructurations et des placements
à l’extérieur. Pour ceux d’entre nous
déjà au travail, nous n’étions pas du
tout préparés pour ce qui se passait. Comment pouvait-on
écarter 20 ans de service si rapidement, suite à une
courte réunion et un chèque d’indemnité
de départ? Qu’arriverait-il au plan de retraite? Qu’arriverait-il
au fait qu’on s’occupait de nous? Quel serait l’avenir?
Plusieurs d’entre nous ont vu comment nos parents se sont
vus estomaquer par cette cessation d’emploi imprévue.
Suite
à la récession, une période de croissance économique
explosive alimentée par la folie furieuse des fusions et
des acquisitions d’entreprise a vu le jour. Des opportunistes
à fort levier financier se mirent à assimiler les
firmes établies depuis fort longtemps. La spéculation
financière était à l’ordre du jour. Suite
aux fusions, les synergies étaient activement recherchées.
Un flux d’individus âgés entre 40 et 50 ans se
dirigèrent vers la porte. Pour bien des gens, leurs rêves
étaient tout à fait détruits. Leur vie familiale
était bouleversée. Il y en a même qui se sont
vues fracassées. Tout au nom de réaliser plus de bénéfices.
Ensuite
est venue la récession du début des années
90s. Les exercices de réduction du personnel faisaient maintenant
partie de la culture. Les entreprises étaient créées
de façon à ce qu’il soit facile pour congédier
les gens. (J’étais parmi ceux qui avançaient
la cause et l’art des congédiements). L’aide
au reclassement est devenu une phrase familière. Les gestionnaires
ont appris à congédier les gens. Ces compétences
sont même devenues une partie de leur bagage de gestionnaires.
Les organisations ont perdu leur réputation d’être
des endroits où l’on s’inquiétait du bien-être
des employés. Les employés devenaient de moins en
moins loyaux. Le changement de postes fréquent est devenu
une pratique beaucoup plus acceptable.
Lorsque
j’ai commencé à travailler dans l’industrie
du recrutement au début des années 80, l’ancienneté
était considérée un atout considérable.
Si quelqu’un était resté au sein d’une
organisation pour plusieurs années, cela indiquait son dévouement,
son engagement et une stabilité d’emploi. À
la fin des années 90, nos clients étaient à
la recherche d’individus qui avaient travaillé au sein
de plusieurs postes différents. C’était un signe
de la pensée contemporaine, soit la capacité de s’adapter
au changement et faire preuve d’idées originales. Les
employés de longue durée étaient vus d’un
œil critique car on estimait qu’il faudrait plus longtemps
à les former. On croyait qu’ils étaient trop
habitués à faire les choses selon la manière
de leur ancien employeur. Alors les employés de longue durée
qui se voyaient à la veille d’être relâchés
se trouvaient non seulement devant un marché froid à
leur égard, mais également au sein d’un environnement
changé pour toujours.
Tous
ces changements furent le résultat d’organisations
qui devaient opérer à l’intérieur d’un
marché dynamique et quelque peu affolé. Les conditions
ne cessaient de changer autour d’elles alors elles devaient
continuellement s’adapter pour demeurer compétitives.
Les organisations estimaient que le seul moyen de survie était
la restructuration de leurs activités. Les employés
avaient besoin de comprendre ce qui se passait. Pour survivre et
rester concurrentiel, il fallait prendre ces décisions.
À
cette époque, la seule constante mal comprise, était
l’abondance de personnes talentueuses. La seule exception
: peut être le domaine des TI menant à l’an 2000.
Les entreprises avaient leur choix d’employés. Elles
n’avaient même pas considéré le fait que
les employés pourraient se montrer une ressource rare un
jour. Alors sans soucis pour l’avenir, les organisations ont
pris des décisions qui ont eu comme effet de renforcir la
méfiance de la population active émergente. Il ne
fallait pas se fier aux organisations. Elles s’attendaient
à l’engagement de ses employés mais donnaient
peu de choses en retour. Elles croyaient que si quelqu’un
quittait l’organisation, il y aurait une foule d’autres
qui se présenteraient pour remplir le poste. Elles s’attendaient
à ce que les choses se dérouleraient comme avant.
Mais
quelque chose s’est passée. Les traitements plus ou
moins appropriés infligés à nos parents ont
conditionné la nouvelle main-d’œuvre à
ne pas se fier aux organisations. La manière cavalière
dont les organisations avaient réduit leur effectif malgré
des seuils de rentabilité incroyables n’a fait que
renforcer le sentiment des individus à se protéger
en premier. Dans l’espace de moins d’une génération,
nous avons vu la loyauté se revirer de l’entreprise
vers l’individu.
Et
quelque chose d’autre est arrivée. La main d’œuvre
émergente était en train d’assimiler des compétences
qui étaient complètement inconnues de leurs supérieurs.
Tout d’un coup, les employés en connaissaient beaucoup
plus que leurs patrons. En fait, un grand nombre de supérieurs
ne savaient même pas ce que faisaient leurs employés.
Ils les géraient même selon les mêmes pratiques
de gestion utilisées dans les années 60 et 70.
Et
encore quelque chose d’autre est arrivée. Il y avait
un manque de personnel. Pour la première fois dans plusieurs
décennies, il y avait plus de travail que d’employés.
Cela voulait dire que les employés avaient maintenant des
choix à faire, beaucoup de choix à faire. Ils pouvaient
se diriger vers Toronto, New York ou Paris. Ils pouvaient déménager
en Alberta ou au Texas. Ils pouvaient tout simplement rester chez
eux et travailler pour une entreprise locale. Ils pouvaient travailler
à partir de la maison et effectuer leurs tâches à
partir de l’internet. Beaucoup d’options s’offraient
à eux. Et le monde des affaires canadien était loin
d’être prêt pour ces changements.
Alors
les travailleurs autonomes ont vu le jour. Une population émergente
sans illusions, des compétences en demande, de nombreuses
options de travail, soit une génération qui veut contrôler
son temps et son avenir.
Tous
ces changements nous apportent à où nous en sommes
aujourd’hui. Les débuts d’une main-d’œuvre
très mobile qui est en mesure de vendre leurs compétences
à ceux et celles qui lui offrent le meilleur prix. Et, il
y en a un grand nombre qui sont prêts à faire ainsi
pour des contrats à court terme de 6 mois, d’un an
ou de 5 ans. En fait, il y en a beaucoup qui ne veulent même
pas travailler à temps plein au sein d’un poste permanent.
Alors
que veulent ces travailleurs autonomes? Autant que nous le sachions,
ils recherchent des postes intéressants et remplis de défis,
un environnement de travail flexible, plaisant et généreux,
un régime de rémunération complet et compétitif
et un endroit fantastique où travailler.
Nous
croyons fermement que le concept de joueurs libres va rejoindre
le monde des affaires. Nous croyons même qu’il va croître
de façon significative au cours de la prochaine décennie.
Tous les ingrédients nécessaires sont présents.
Il faut que le monde des affaires canadien se réveille à
cette nouvelle réalité et réoriente ses processus
de recrutement et de rétention du personnel afin de faire
face à cette nouvelle dynamique. Une tâche lourde pour
plusieurs organisations qui considèrent encore leurs employés
comme une ressource en abondance.
Alors
remercions Andy Messersmith et Dave McNally. À titre des
deux joueurs de baseball qui ont questionné la clause préexistante
et qui ont entraîné la venue des joueurs autonomes
au sein du monde des sports, vous avez une génération
entière de nouveaux travailleurs qui applaudissent votre
courage et qui vous remercient de leur avoir montré le chemin.
Prochain
frappeur!
Basé
à Halifax, Mark Surrette est le Président de Robertson
Surrette Limited, un cabinet de consultation en ressources humaines
ayant pour partenaires KWA Partners et Ray & Berndtson.
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